Plaidoyer pour un investissement massif dans le réseau des CPE à but non lucratif

Pré-maternelle et maternelle.
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cgelinas
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Plaidoyer pour un investissement massif dans le réseau des CPE à but non lucratif

Message par cgelinas » 12 juin 2019, 08:19

Le débat opposant maternelle 4 ans et CPE fait rage dans les médias depuis l'élection du gourvernement Legault. Pourtant, sur le terrain, enseignants, éducateurs et parents ne semblent pas du tout comprendre l'urgence de mettre en place des maternelles 4 ans alors que les CPE ont développé une précieuse expertise depuis 1997.

Pour ma part il me semble que nos tout-petits, qu’ils soient riches ou pauvres, brillants ou présentant des troubles d’apprentissage, devraient TOUS avoir le droit d’évoluer dans un établissement à hauteur d’enfants, adapté à leurs besoins, avec du sable plein les souliers et du soleil dans leur journée.

Je me pose donc la question suivante: pourquoi ne pas plutôt investir massivement dans un système qui a fait ses preuves pour le rendre accessible à tous les enfants?

- Les enfants, maternelle 4 ans ou CPE?

- CPE!

- Pourquoi donc?

- Ben voyons, maman, parce qu’on pouvait jouer tout le temps!

- Où avais-je la tête ? Quoi d’autres?

- Ben... parce qu’on était libres!

- Libres ? Vraiment ?

Non mais... y a-t-il un être moins libre qu’un enfant de 4 ou 5 ans dans un CPE ? En plus des barrières limitant tous les accès, la routine y est plus que routinière : atelier, collation, atelier, diner, sieste, atelier... tout est planifié au quart de tour! Malgré tout, les enfants s’y sentent libres. Pourquoi ? Parce qu’ils ont le bonheur d’apprendre en s’amusant, et ce, sans jamais se sentir évalués ni jugés. Que demander de plus dans un monde où l’anxiété règne en maitre, autant chez les plus riches que dans les milieux défavorisés? Parce que s’il existe un domaine où l’on a atteint l’équité ces dernières années, c’est bien en matière d’anxiété!

Former des élèves plus performants, mais à quel prix?

Comme enseignante de français au secondaire, j’ai travaillé dans deux excellents collèges privés ces vingt dernières années. J’ai eu la chance de côtoyer des élèves très performants, d’autres beaucoup moins. Mais anxieux. Tellement anxieux. Et complètement lessivés.

Mais bon... on les aime performants.

Après 11 ans de listes de mots de vocabulaire et de dates historiques à mémoriser, de formules mathématiques à démontrer, de rapports de laboratoire à compléter, de romans à lire et à analyser, de projets à élaborer, de réflexions et de dissertations à rédiger... Après 11 ans de mini-contrôles, d’examens formatifs et sommatifs, de pratiques d’examens de l’examen (pour-être-sûrs-d’avoir-bien-compris pour-demain!) - parce qu’il faut bien être préparés à recracher - comment pourraient-ils ne pas être blasés? Car ne nous méprenons pas : pour la majorité des finissants du secondaire, il y a quelque temps déjà qu’ils ont perdu le goût d’apprendre. La curiosité et le plaisir ? Envolés. Et ça, c’est vraiment triste!

Est-ce vraiment en rajoutant une année scolaire supplémentaire qu’on donnera le goût d'apprendre? J’en doute fortement. Et comme la qualité des apprentissages est surtout une question d'engagement cognitif et socioaffectif...

Or, je ne suis spécialiste ni des CPE ni du préscolaire. Je n'ai fait aucune recherche dans le domaine. Je n'ai aucune donnée probante à vous fournir. Je ne suis pas défavorisée. Je n’ai pas non plus d’enfants présentant des troubles d’apprentissage. Mais je peux vous dire une chose : lors de la fête de fin d’année soulignant la dernière journée en CPE de mon petit dernier, j’ai pleuré en silence, quelque part au fond de la cour, entourée de dizaines de parents tout aussi émus. Nous étions émus parce qu'à cinq ans, nos amours allaient devoir quitter leur deuxième maison. Celle où ils avaient appris à s'extirper en douceur du cocon familial. J'ai bien dit en douceur.

J'ai pleuré parce que plus jamais je n’aurais la chance d’aller reconduire ma progéniture dans un endroit où absolument TOUT avait été pensé pour eux : les toilettes miniatures, le petit mobilier coloré, les bacs à souliers, les murs aux couleurs voyantes sur lesquels on avait pris soin d’accrocher mille et un dessins, les cordes à danser, les bricolages, les bacs à sable remplis de jouets défraichis, les jeux d’eau, les vélos, les balançoires qui couinent... alouette!

J'ai pleuré parce que plus jamais je n’aurais la chance de parler QUOTIDIENNEMENT, souvent deux fois plutôt qu’une, à leurs éducatrices: Daris, Nathalie, Véro, Mélanie, Catherine, Mumu et les autres... Des femmes compétentes, dévouées et patientes (et sous-payées!) qui connaissaient presque mieux que moi mes enfants tellement elles en prenaient soin, tellement elles leur offraient affection et stabilité. Pour ce qui est de nous offrir un suivi détaillé, chaque jour je pouvais consulter leur journal de bord et, régulièrement, je pouvais voir des photos d'eux prises dans la journée. À compter de septembre, c'est un carnet de vingt pages que les éducatrices auront à remplir deux fois par année. Des centaines d'énoncés à cocher: développement cognitif, moteur, socioaffectif et langagier, tout y passe! Et ce, sans temps reconnu dans la tâche pour le faire.

Des diagnostics plus précoces à l'école: vraiment?

Pour ce qui est des promesses de diagnostiquer plus rapidement les enfants à risque en milieu scolaire, M. Jacques Durand, directeur du CPE L’Éléphant bleu depuis plus de 20 ans, n'est pas du tout d'accord. Il rappelle d'ailleurs que des subventions substantielles sont disponibles pour assurer le diagnostic et le suivi des enfants présentant des difficultés dans les centres de la petite enfance. Uniquement dans son établissement à but non lucratif, il reçoit environ 10 000$ pour chacun de ses douze enfants à besoins particuliers, le plus souvent pour obtenir des services en ergothérapie ou en orthophonie. Cette année, il a même obtenu une subvention de 25 000$ pour engager une éducatrice supplémentaire afin d'accompagner un de ses enfants atteint d'autisme. Bref, les ressources sont là. Selon lui, c'est plutôt à l'école que les parents ont ensuite généralement beaucoup plus de difficulté à obtenir des services.

En terminant, je me demande depuis longtemps pourquoi, dans notre système d'éducation, on ne s'inspire pas davantage du modèle de la pédiatrie sociale pour prendre soin des enfants issus de familles défavorisés. L'importance du lien école-famille-communauté a pourtant largement été documenté et plusieurs chercheurs ont conclu que ce lien favorisait grandement la réussite. Dans ce contexte, pourquoi ne pas tenter de tout mettre en oeuvre pour mieux accompagner et éduquer les parents plus démunis en prenant le temps d'échanger avec eux au quotidien comme il est possible de le faire en CPE? Parce que la mission de l'école n'est pas seulement d'instruire, mais aussi d'éduquer et de socialiser! Pourquoi ne pas leur offrir des albums jeunesse, par exemple, et les inviter à lire des histoires à leurs enfants, à jouer avec eux ou à les initier à des ressources numériques (tel Alloprof) qui les aideraient à mieux soutenir leurs enfants? Parce que je suis désolée, mais ce n'est pas en instruisant nos petits derrière des portes closes qu'ils seront ensuite encouragés par leurs parents à se dépasser et à persévérer.

Bref, il ne suffit pas seulement de penser à diagnostiquer et à offrir un suivi spécialisé, il faut aussi travailler ensemble afin d'offrir des conditions gagnantes pour cultiver la curiosité et le plaisir d'apprendre.

Et, surtout, laisser aux petits de quatre ans le droit d'être des enfants.

Pour cela, les CPE sont là.


Source: Journal de Québec
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Claude Gélinas, Éditeur
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